"COEUR DE PIERRE" Claire Billet et Olivier Jobard

"Coeur de Pierre " de Claire Billet et olivier Jobard

                          France 2018-89’ Vfr.-Dari

  Le documentaire d’un duo, Claire Billet et Olivier Jobard.

 Claire Billet journaliste indépendante  a été correspondante en Irak, au Pakistan et en Afghanistan pour de multiples journaux.  Actuellement elle est auteure, réalisatrice.

 Olivier Jobard, photographe grand  reporter, a parcouru le monde après avoir poursuivi des études à l’école nationale Louis Lumière réputée pour développer le talent de photographes et des directeurs de la photographie pour le cinéma.

La rencontre de ses deux personnalités au regard aigu et à l’empathie certaine, leur a permis la réalisation d’un livre » KOTCHOK « (sur la route des migrants) aux éditions Robert Laffont.

Ce ne sont donc pas des néophytes qui se sont lancés dans l’aventur de «  Cœur de Pierre », portrait de Ghorban , un jeune migrant afghan qu’ils ont suivi pendant huit ans dans son odyssée française.

Un travail de patience mené par deux sensibilités discrètes , deux caméras intégrées dans un rapport parfois complexe avec le jeune protagoniste.

 Les  réalisateurs suivent les transformations de Ghorban et nous restons stupéfaits de son évolution rapide. Nous découvrons ses envies d’apprentissages, ses angoisses, ses nostalgies, ses loisirs.

 Nous rentrons dans sa vie mais sans effraction, souvent par le biais de son psychologue, fil rouge de son changement.

Ghorban réussit son bac et retourne dans son village isolé dans les montagnes afghanes,  où il retrouve ses frères et sa sœur et une mère qui l’avait abandonné.

 Des retrouvailles où les caméras se sont fondues dans la réalité ; où l’émotion surgit de chaque plan .

Le montage de Ronan Sinquin s’impose ainsi que les images, les sons la musique additionnelle d’Antoine Léonpaul et Laurent Saligault, tout aussi discrète que les caméras.

Cette œuvre engagée, positive marque un moment fort dans ce festival de qualité.

                                                                                                 Robert Lombaerts

COUP DE COEUR - "AMERICA" Millenium Festival

«  AMERICA « 

                      Erick Stoll et Chase Whiteside

Mexique /USA-76’ vo Espagnol-st français

Deux réalisateurs talentueux. Des polyvalents de l’audiovisuel.

Erick Stoll a produit, (Dogwoof) réalisé,  monté, photographié quatre documentaires(« America, »Good White people, » Why the Ride » et Lifelike »).

Chase Whiteside a une formation de journaliste, de documentariste et a fondé l’Association NEW LEFT MEDIA.

 Ces deux cinéastes connaissent tous les ressorts du métier.

 La qualité technique et artistique  servent un sujet original :   - Le père d’une famille mexicaine, composée de trois fils et d’une grand-mère de 92 ans , subit une peine de prison de 8 mois pour maltraitance envers sa vieille mère.

Les trois petits-fils prennent en charge leur grand-mère , la protègent et lui donnent toute leur affection.

Le film procède par petites touches et progresse en suivant l’évolution de la vieille dame .Plutôt grabataire et confuse, elle reprend goût à la vie grâce à l’amour inconditionnel des trois frères même si l’harmonie entre eux n’est pas toujours au rendez-vous.

Les progrès de la mamy sont constants. Elle peut quitter sa chaise roulante, retrouver  une respiration hors de la maison, dans un parc ou face un paysage.

Elle réapprend le rire, les mots et les noms.

L’amour des trois frères rejaillit sur elle qui en redonne.

L’amour se retrouve dans chaque plan ; ce sont de véritables sentiments qui nous emportent. Pas de tristesse , un peu de nostalgie mais surtout la joie d’aimer et de vivre.

La finesse de la réalisation et du déroulement de l‘histoire, l’empathie que nous ressentons face à chaque personnage, leurs qualités  font parfois douter de l’aspect documentaire. Ici, les personnages réels sont tellement crédibles qu’ils nous transportent dans l’univers d’acteurs exceptionnels.Pourtant nous sommes dans la réalité et la progression de l’histoire est menée avec brio.

Les réalisateurs maîtrisent aussi le temps. Ils ne craignent pas la durée d’un plan ni la symbolique des images. Le manguier dégarni et les mangues qui pourrissent au sol ,un volcan menaçant, une vielle photo de famille mais aussi une chanson d’époque  ravive les souvenirs de la grand-mère qui accompagne la musique.  

             AMERICA…un prénom ; celui d’une grand-mère mexicaine…

             AMERICA..  un film tout en nuances. De l’amour authentique.

                              Coup de cœur du Millenium !                           

                                                                                  Robert Lombaerts

         

 

 

 

"AMERICA" 92 Ans entourée de l'Amour de ses petit-fils

"NOFINOFY" "Le Rêve"- Un documentaire MALGACHE

Salon de coiffure de Roméo

                              «  NOFINOFY « ( LE REVE )

              Michael Andrianaly- Madagascar-France 73’

 Le cinéma malgache reste confidentiel dans sa diffusion en dehors des films produits et diffusés par » Laterit productions » dans l’espace français.

Michael Andrianaly, né en 1978 n’envisageait pas de devenir cinéaste.

Après des études commerciales et en gestion d’entreprises ; suite à un atelier d’écriture de documentaires, organisé par l’Alliance Française, il découvre une passion pour le cinéma du réel.

 Il aborde le métier en pratiquant le montage, s’initie au cadre ,à la photo et devient un réalisateur dès 2012 avec » Todisoa et les pierres noires « puis « Njaka Kely » le portrait d’une femme qui gère une affaire de location de pousse pousse.

 Ces documentaires sont essentiellement diffusés sur le continent africain.

 Michael Andrianaly travaille depuis ses débuts avec une société de production française située en Bretagne (LES FILMS DE LA PLUIE) et bénéficie du soutien de l’organisation internationale de la francophonie et du CNC (Centre national de la cinématographie).

Ce réalisateur engagé  dénonce les maux qui rongent une société dirigée par des politiciens corrompus et des prédateurs de tous les continents et de tous les pays.

 Il  nous présente un film attachant « NOFINOFY »(Le Rêve) portrait de Roméo, un ami d’enfance  indépendant, handicapé, passionné par son métier, la coiffure,  qui se bat quotidiennement contres les obstacles qui se dressent devant lui.

 Si le film démarre d’une façon chaotique avec une caméra trop fébrile ; au fil du temps , le personnage s’impose et les cadres deviennent plus rigoureux et précis. Roméo est obligé de quitter son salon , baraquement de fortune .

Son rêve : posséder un local solide, capable de supporter les tempêtes et cyclones ; autre calamité de la grande île. Offrir des services de qualité dans un lieu approprié.

Le salon de coiffure,  lieu de rencontre, permet la confrontation des points de vue de tous les malgaches , des plus jeunes aux plus vieux.

Par le biais de conversations on découvre les difficultés de la population soumise à un Etat de non droit, à la corruption. Pas d’acquis sociaux mais la drogue ,l’alcoolisme et la prostitution touchent de nombreux malgaches qui sombrent dans l’extrême pauvreté.

Roméo s’affranchit de l’alcool et son rêve finit par se réaliser.

Alors , l’écran devient noir et le son nous apporte fusillades et sons de guerre.

Quel avenir pour Madagascar ? Quel avenir pour les malgaches ? Auront-ils le courage  de Roméo ?  La volonté de se battre pour améliorer leur vie et celle de leurs enfants ? 

 Pourront-ils se détacher de toutes leurs soumissions ?

Ce portrait s’inscrit dans un cinéma du réel, engagé ,sensible et humain ;ce qui  a valu à l’auteur d’être distingué   au Festival du réel par le prix  Joris Ivens et  Marceline Loridan.

                                                                           Robert Lombaerts

" NOFINOFY" (Le Rêve) de Michaël ANDRIANALY -Réalisateur

Un documentaire Iranien

 

« WOMEN WITH GUNPOWDER EARRINGS «  de Reza Farahmand-IRAN 77’ 2018

Le réalisateur Reza Farahmand est né à Khorasan en 1978 .

Diplômé comme ingénieur agricole, il  s’intéresse au cinéma  et réalise de nombreux documentaires consacrés à la complexité des rapports  sociaux et à de nombreux faits de société .

Depuis 1997 il représente son pays dans de nombreux festivals internationaux.

Le documentaire qu’il nous a été donné de voir,  suscite de l’intérêt, produit de l’émotion et nous interroge non seulement sur la barbarie de Daesch  , de  l’ Etat Islamique mais aussi sur nos propres responsabilités dans les conflits du moyen orient.

 Le film démarre en trombe véritable reportage qui suit au corps des personnages en mouvement constant, préoccupés d’éviter les tirs des snipers.

 Le personnage principal, une journaliste  s’impose tant aux militaires qu’aux réfugiés.

 Elle prend conscience du malheur des enfants, de la détresse de certaines femmes mais aussi de la manipulation d’esprits d’autres, marquées à vie par de fausses croyances.

Cette femme se dévoue pour apporter son empathie aux autres en devenant davantage une assistante sociale, sensible aux détresses humaines qu’une reporter de choc.

Le film hésite souvent entre le reportage et le documentaire et les meilleures séquences du film sont celles qui se déroulent dans une maison pillée où l’on reçoit le témoignage d’une femme Yézédie et d’un adolescent dont toute la famille a été décimée.

L’autre séquence remarquable nous montre des enfants qui utilisent un stéthoscope et éprouvent le bonheur d’écouter un cœur qui bat ; seule source d’espérance.

Un documentaire courageux qui relate une situation terrifiante avec des images fortes et nous pousse à la réflexion.

                                                                                       Robert Lombaerts