L' explorateur à la pipe: Robert de Wavrin

LE MARQUIS
ROBERT DE WAVRIN

 

Suite à un accident,  le marquis Robert de Wavrin s'élance dans des découvertes ethnographiques, des explorations en Amérique du Sud,  avec sa pipe ., ...et une caméra qui , à première vue, ne dispose que d'un seul objectif .

 Ce qui oblige la caméra d'être éloignée pour montrer les plans larges, proche pour participer à une scène , très proche pour mettre en valeur un gros plan ou un  détail intéressant.

 20 ans plus tard  ,Robert Bresson sera lui aussi cinéaste avec une seule focale, le 50mm qui  donnera à ses films leur rythme propre, leurs espace scénique et dramatique particulier.

 J'imagine que le marquis de Wavrin ne pensait pas à ce concept de rythme à l'intérieur d'un plan mais il nous a montré des rythmes dans des danses , des approches personnelles du type « portrait » par des pivotements des personnages sur eux-mêmes exhibant leur corps, leur parure, leur tatouage

 Rien dans ses films n'apparait comme une mise en scène, excepté les quelques moments où le marquis lui-même est filmé par une aide  qui tournera la manivelle de la caméra.

 Les images captées par sa caméra sont toujours les témoins d'un lieu de vie, d'un biotope, d' une approche humaine et sensible des ethnies que l'on qualifiait de « sauvages » .

Les milliers de mètres de pellicule exposée donneront entre 1930 et 1939 une série de films aux titres les plus variés mais combien évocateurs ; citons notamment : « Au pays du scalp » , « Chez les indiens sorciers », « Venezuela, petite Venise » ...

 Toute cette matière ( dont une partie fut censurée à l'époque!) fait l'objet d'un montage par la chercheuse à la Cinémathèque royale de Belgique, Grace Winter, qui, aidée par son monteur  Luc Plantier ,nous laisseront à découvrir « Marquis de Wavrin, Du Manoir à la jungle »

 Nous voilà immergés comme spectateurs dans des univers où Robert de Wavrin, cinéaste, qui avec audace, courage, passion, nous initie à des coutumes et des rites  où l'authenticité est le maître-mot de ses images.

 On sait combien le film ethnographique a parfois été truqué par des cinéastes comme Flaherty par exemple , alors qu'ici, le document image est le témoin vrai où le réalisateur a pu se faire accepter, avec sa pipe, afin de vivre, partager et filmer avec ces tribus les  banalités du jour comme les fêtes les plus extraordinaires et les plus secrètes.

 C'est une vraie chance pour le public de pouvoir assister au travail réalisé par Grace Winter et Luc Plantier dans ce film produit par Martine Barbé d'image création.com sera distribué à Flagey sur grand écran et à la télé sur la RTBF3  et la Une.

 

                                                       

                                                                  Michel Baudour, Arpns

 

 

 

Produit par IMAGE CREATION : MARQUIS DE WAVRIN

On ne dira jamais assez combien les travaux de restauration, de préservation et de valorisation menés par la Cinémathèque Royale de Belgique (aujourd’hui appelée CINEMATEK) représentent une mission essentielle non seulement en ce qui concerne l’histoire du cinéma qu’il soit de fiction ou documentaire, mais en ce qui concerne les histoires que le cinéma nous raconte et dont il témoigne.
 
Pour ce qui est du cinéma documentaire d'archives, il s’agit en premier lieu d’images de mondes révolus ou appelés à le devenir, de modes de vie dont nos souvenirs altèrent l’exactitude. Dans un deuxième temps, ce que ces images nous dévoilent c’est un « point de vue » , celui de l’époque où elles ont été filmées. Il y a là une narratologie qui nous éclaire sur la façon de voir, mais aussi sur les préjugés de l'époque, l’état des connaissances, les intentions, la liberté des équipes qui sillonnent les terres proches ou lointaines, les événements sociaux, politiques, humains qui n’ont pas encore de place dans une Histoire, faute des lendemains que nous , aujourd'hui, connaissons.
 
Enfin, à travers chacun des films qu'elle sauve, protège, restaure une cinémathèque  nous dit aussi quelle importance une société attache à la mise à disposition de son propre passé. 
De puis plus de trente ans la société de production belge Imagecréation.com se constitue un catalogue exceptionnel de plus de 80 films dont la plupart sont basés sur des archives filmées. A l’instar du « Marquis de Wavrin » dernier film en date produit sous la houlette énergique de la fondatrice d’Imagecréation.com, Martine Barbé, une ligne éditoriale s’est au fil des années précisée dans la manière de raconter à partir d’archives filmées, des destins individuels dans le miroir desquels nous découvrons les images du passé scénarisées et réalisées par des "raconteurs d'Histoire".
 
Citons quelques films récents dont nous avons rendu compte déjà sur la webradio espace-livres : "Sur la piste de Yu Bin" et "Somville, un artiste parmi les hommes" Jean-Christophe YU), "Le Pavillon des douze" et "Le désordre alphabétique" ( Claude François), "Monsieur Etrimo" (David Deroy et Julien Bechara), "Une si longue histoire" (Roger Beeckmans)
 
"La Marquis de Wavrin" s'inscrit dans cette filiation éditoriale.  La réalisation conjointe de Grace Winter et Luc Plantier  nous plonge pendant une heure trente dans le récit des explorations du Marquis de Wavrin en Amazonie.
Fuyant la justice belge en 1913 (après avoir tiré au fusil de chasse sur deux garçonnets qui venaient chaparder des noisettes dans le parc de son château), la Marquis a consacré  sa vie à explorer des territoires inconnus d’Amérique du Sud, voyageant seul, s’immergeant dans des ethnies dont il parvenait chaque fois à apprivoiser la sympathie (c’est sans doute une des énigmes de ce personnage : sa capacité à s’intégrer aux populations qu’il visitait).
 
« Ce qui rend le Marquis si remarquable à mes yeux est qu’à une époque où le colonialisme battait son plein, accompagné du mépris envers les populations indigènes, il ait été animé par une curiosité, souvent sans préjugés, envers des populations aux moeurs si éloignées de ce qu’il connaissait en Occident, qu’il ait été choqué et révolté par le traitement que les coloniaux infligeaient aux populations locales, et qu’il se soit flatté de l’amitié qu’il avait pu établir avec les Indiens. » explique, dans un interview accordé à Cinergie,  Grace Winter, scénariste et co-réalisatrice du film avec Luc Plantier (qui en assura aussi le montage)
 
Le Marquis de Wavrin appartient à cette tradition des grands explorateurs dont la Belgique a été si prolifique. Il était aussi un vrai cinéaste, ramenant de ses expéditions des films projetés avec succès dans les salles de cinéma et, signe de l’intérêt qu’il éveillait, censurés par les commissions d’agréation.
 
Par un scénario habilement construit, Grace Winter nous raconte les recherches qu’elle a menées dans les trésors de la CINEMATEK, pour retrouver les films du Marquis, y compris les fragments prélevés par la censure. Cette histoire-là, celle d’une archiviste, exploratrice infatigable de centaines de milliers d’images, parcourt le film en filigranes et, à n’en pas douter, pourrait tant ce métier  est enthousiasmant, éveiller des vocations !

Il faudrait des pages et des pages pour dire davantage encore combien ce film est important, par ce qu’il montre, raconte, dévoile et enseigne, combien sa production s’inscrit dans une volonté éditoriale cohérente et indispensable, combien enfin sa réalisation est d’une qualité irréprochable, alliant beauté, émotion et empathie, soulignées par une musique (signée Hughes Maréchal) dont on conserve , longtemps après la projection, la grâce et la justesse d’un accompagnement idéal, qui n’illustre pas ce qui nous est montré (pas de musique faussement ethnique ici), mais, comme le ferait un peintre, y ajoute de la lumière.

                                    JEAN JAUNIAUX   Festival du film de Gand, le 18 octobre 2017
 
 
          Le film  sortira à FLAGEY:
            le mercredi 25 octobre.
 
 
                                                 SYNOPSIS
 
Le film nous invite à parcourir ce bien étrange chemin suivi par le Marquis de Wavrin, premier homme blanc à filmer à la fin des années 20, les Indiens Shuar « réducteurs de tête ». Plus de 6000 mètres d’images tournées entre 1920 et 1938 l’amènent à devenir un explorateur et ethnographe reconnu. Grâce à la sauvegarde de ce patrimoine filmique à la Cinémathèque royale de Belgique, nous découvrons le Marquis de Wavrin défenseur et ami des indiens du Haut-Amazone, cinéaste dans l’âme.
 
                                            Le Marquis 
 
Personne ne le sait, les livres et articles sur l’anthropologie visuelle - une branche devenue très importante de l’anthropologie sociale- l’ignorent, mais, c’est un compatriote, le MarquisRobert de Wavrin, qui prend place parmi les précurseurs du cinéma ethnographique. Il est un des tout premiers à avoir utilisé, à partir de 1919, la caméra 35mm comme un blocnotes
pour rendre compte des moeurs et coutumes des Indiens d’Amérique du Sud.
 
Ses films montrent son évolution depuis les scènes filmées chez les Lengua, Mataco et
Pareci au début des années 20 jusqu’aux témoignages d’anthropologie participative, quandil ira vivre de longs mois chez les Shuar, puis chez les Motilón.
 
A l’apogée de sa notoriété dans les années 30, sa retraite forcée de la vie dans la jungle après la Deuxième Guerre mondiale l’ont peu à peu mené vers l’oubli, quasi-total aujourd’hui.
Le fait aussi que son premier film ait été perdu – il a été reconstitué récemment par la Cinémathèque – a renforcé cette ignorance de son rôle de précurseur, alors que son deuxième, Au Pays du Scalp, datant de 1931, est quelquefois cité ici ou là, comme uneoeuvre pionnière, mais à une époque où le cinéma ethnographique était déjà plus présent.
 
                         UN DVD SERA ÉDITÉ PAR LA CINÉMATHÈQUE
           ROYALE DE BELGIQUE ET SORTIRA LE 6 DECEMBRE 2017.
 
 

L'EXPLORATEUR A LA PIPE