CINEMA VERITE en IRAN . Des initiatives prometteuses

Hossein SADRE, cinéaste journaliste membre de l'ARPNS


           LE CINEMA VERITE EN IRAN
               Des initiatives prometteuses

Le cinéma est un art…le septième. Né à l’époque industrielle  dans des sociétés industrialisées, cet art a été aussi dès le départ une industrie. Le cinéma est à la fois un art et un commerce.
La preuve : les seuls cinémas du monde économiquement indépendants sont les industries de Hollywood et de Bollywood.
La plupart des autres pays du monde ont attribué et attribuent encore des subventions plus ou moins importantes à leur art cinématographique.
 C’est le cas de presque tous les films dits d’auteur à travers le monde, surtout dans nombre de pays ouest-européens, dont l’Italie et la France, deux pays de grandes culture et mémoire cinématographiques.
C’est aussi en grande partie le cas de l’Iran.
Dans ce pays, qui est parmi les  premiers pays asiatiques à s’être intéressé à l’art et à l’industrie cinématographiques, le cinéma survit en grande partie grâce à des subventions étatiques.
Après la révolution islamique de 1979 la politique cinématographique iranienne fut fondée sur un protectionnisme du cinéma dit de guichet, autrement dit sur son aspect industriel.
Disons que l’Etat ne subventionnait que les réalisations d’un nombre limité de cinéastes, dont la vente était assurée par leur célébrité et/ou popularité.

Ceci a été également le cas pour la plupart des producteurs de cinéma principaux investisseurs dans cette industrie.

Parmi les réalisateurs iraniens qui ont ouvert la voie au cinéma élitiste et artistique, citons Abbas Kiârostami (1940-2016).
Cet artiste et quelques autres cinéastes comme Nâsser Taghvâei (né en 1941) et Ali Hâtami (1944-1996) ont eu également le mérite d’avoir frayé la voie à une réconciliation du grand public iranien avec le cinéma culturel ,non industriel

C’est ainsi que l’Etat et les producteurs privés ont commencé à revoir en partie leur stratégie.
Pour protéger les jeunes cinéastes et documentaristes et les encourager à réaliser leur premier long-métrage, un institut appelé « Centre pour le développement du cinéma documentaire et expérimental » a été fondé il y a quelques années.
Il est placé sous l’égide du département ministériel pour le cinéma et l’audiovisuel du ministère iranien de la Culture et de l’Orientation islamiques.

En 2014 fut concrétisée une idée longtemps nourrie par les experts et les artistes : créer un espace pour permettre aux jeunes artistes de présenter à l’écran leur réalisation expérimentale ou documentaire, briser le monopole des grands producteurs et réalisateurs en fournissant l’occasion aux moins connus de permettre au grand public de faire la connaissance des artistes novices et moins célèbres, etc.
 Cette idée a donc été réalisée en 2014 avec l’ouverture d’un centre et l’organisation de projections du nom de « Honar-o Tajrobeh » (Art et expérience).

Ce projet a suscité dès le début des avis positifs.
 La plupart des cinéastes jeunes et indépendants, et les partisans d’un cinéma engagé ,artistique et d’un cinéma-vérité ont accueilli cette initiative à bras ouverts.
Certains cinéastes et en particulier  les producteurs
qui préfèrent un cinéma industrialisé ou de guichet ont  exprimé leur mécontentement, voire leur ferme opposition à ce projet.
Les détracteurs avancent, entre autres, des dépenses importantes pour des recettes minimes.
Festival Cinéma-vérité
(Jashnvâreh cinemâ-ye haghighat)
 Un autre projet remarquable a été conçu et mis en œuvre durant ces dernières années  : le festival international annuel des documentaires, appelé Cinéma-vérité (cinemâ-ye haghighat).
Créé en 2006, la dixième édition de ce festival s’est tenue du 4 au 11 décembre 2016 à Téhéran.
Au programme de ce festival, à la fois des documentaires iraniens et étrangers.
Les Européens, surtout les Français, ont eu une présence remarquable ces dernières années, mais ils étaient moins présents en 2016 , les Italiens et les Américains ayant été plus nombreux à y avoir participé.
Le cinéma iranien vit en général d’assez bons jours.
Il progresse.Il est compétitif, à la fois sur le plan économique et artistique, et la concurrence peut s’avérer positive.
Il faut espérer que le cinéma documentaire et expérimental, puisse continuer à s’épanouir.


                                        Hossein Sadre, Cinéaste, membre de l'ARPNS

                       







Abbas Kariostami , cinéaste iranien primé au Festival de Cannes, prématurément décédé